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Assemblée générale

         Subir ou choisir ? Occulter, procrastiner ou agir ? La transition n’est plus seulement nécessaire, elle est indispensable, de plus en plus, de jour en jour. Elle doit être globale, intégrale, généralisée. Il est plus que temps de sortir de l’idéologie pour entrer en action. Dans nos habitudes de vie, dans nos modes de consommation, dans nos manières d’appréhender le monde qui nous entoure, tout doit être reconsidéré, non plus dans le simple but de préserver la nature, mais bien de restaurer notre biotope, seule et unique condition à un développement pérenne de nos civilisations. 

        Trop de dommages s’avèrent en effet irréversibles, du moins à court terme. L’exemple qui a fait notre actualité récente est la contamination de nos nappes phréatiques, la dégradation de ce commun qu’est l’eau, par l’usage inconsidéré d’adjuvants chimiques dans les pratiques agricoles intensives. Ils sont de plus en plus nombreux, de moins en moins régulés, et la conséquence majeure qu’est l’effet cocktail reste par trop négligée. Nous disons une nouvelle fois ’’chapeau bas’’ aux responsables du Syndicat Départemental pour la gestion de l’eau potable et aux Conseillers Départementaux, qui ont eu le courage d’afficher clairement leur désir de protéger la qualité d’une ressource que nous imaginions il y a peu encore inépuisable et inaltérable.

        Nous devons réfléchir rapidement à d’autres manières de faire, car tous les secteurs de ce qu’on a pu appeler la ’’croissance heureuse’’ ont été, sont ou seront impactés. Cette utopie négative nous a fait trop longtemps croire que le génie humain, l’innovation technique à tout crin, solutionnerait forcément les dégradations de l’environnement, au fur et à mesure que nos sociétés les provoquaient. Il nous faut inventer les alternatives à cette course en avant effrénée, et faire l’éloge de la lenteur, préférer le nécessaire et le suffisant plutôt que le superflu. À quoi sert de produire plus si c’est pour que nos enfants vivent moins bien ? Pourquoi construire si grand alors que la taille des familles diminue ? Pourquoi voyager si loin alors que nous connaissons si mal le petit bois à côté de chez nous, avec cette grotte qui a peut-être hébergé des animaux sauvages, et cet arbre si torturé dans sa forme qu’on imagine aisément les difficultés qu’il a dû surmonter pour continuer à se développer ? 

       L’adaptation, c’est bien là la clé de la vie pour perdurer, en évitant les dégradations, de génération en génération. Les règnes du vivant, animal et végétal, n’ont évolué à travers les temps que par cette règle : Si mon milieu ne m’offre plus toutes les sécurités pour que je me nourrisse, que je croisse et que je me reproduise, comment m’adapter à ces modifications ? Mais cette évolution et ce soucis d’amélioration n’ont été possibles qu’à une toute petite échelle et à faible vitesse, par des mutations génétiques infimes. Si une modification trop intense et trop rapide du milieu advient, c’est l’extinction de masse assurée…

Or, c’est bien ce qui se passe aujourd’hui : À force de tirer sur la corde, d’épuiser les ressources, de jouer aux apprentis sorciers, les humains sont en train d’épuiser leur milieu de vie, inconsidérément et inexorablement. Les profiteurs actuels feront tout pour que leurs avantages perdurent, encore une génération, peut-être deux… 

          Mais nous qui n’avons plus rien à perdre, nous qui sommes conscients de l’urgence d’agir, nous qui voulons que les lignées futures profitent de la simple chance de vivre en harmonie avec un écosystème en équilibre nous devons apprendre de ce que notre mère nature, notre Pacha Mama, nous a enseigné : nous adapter pour que notre espèce ait encore sa place au milieu du vivant, au travers d’une évolution positive, dans le respect de la nature et des hommes.

        Plus que d’une évolution, c’est bien d’une révolution qu’il s’agit. Une révolution politique, idéologique, spirituelle et philosophique. C’est tourner le dos au profit, gigantesque et immédiat. C’est prendre en considération les difficultés de son voisin. C’est respecter les équilibres naturels, si fragiles malgré leur résilience. C’est réfléchir avant d’agir, sortir des courants de pensée standardisés, éviter la reproduction des erreurs manifestes, et se focaliser sur son ressenti, en sortant des problématiques d’image et d’égo et en créant un lien charnel entre les enjeux sociétaux et la préservation du vivant.

Et sortir de sa solitude, faire en semble, s’appuyer sur l’expérimentation de certains pour faire mieux, de manière plus respectueuse, et pour le bien commun. La vie en société ne s’entend qu’au travers de la coopération, du vivre ensemble et de l’action citoyenne. L’urgence climatique et de la préservation de la biodiversité est l’affaire de tous, et c’est ensemble que nous réussirons à faire évoluer la situation vers un avenir meilleur. Les décideurs d’aujourd’hui jouent trop facilement la valse-hésitation des réformettes, peu ou pas appliquées, et vite oubliées dès qu’une nouvelle crise se fait jour. On convoque une Convention Citoyenne à laquelle on promet le "sans filtre", et comme de trop nombreux rapports et études qui ne vont pas dans la ’’bonne direction’’ – celle du court terme et du profit facile – on remercie poliment et on oublie rapidement les propositions de bon sens et de durabilité.

      Pour la nature et les générations futures, aucune transition ambitieuse ne sortira du chapeau d’un magicien politicien sans un travail, intense et désintéressé, de concertation, de réflexion collective, entre des acteurs avisés, pétris des connaissances scientifiques et d’une envie d’œuvrer pour un environnement préservé et une société plus juste. Le collectif est le seul moyen de se mettre en mouvement. L’action citoyenne, l’engagement commun, l’implication individuelle doivent être encouragés pour que des solutions émergent, positives et pérennes. C’est notre rôle aujourd’hui, d’inciter, d’encourager les initiatives vertueuses, en montrant que des groupes ont déjà travaillé dans un esprit de participation collective pour des résultats probants, qu’on ne peut plus laisser progresser l’adversité et qu’il faut remplacer la peur par l’espérance. 

         Cette décision prise en commun, cette horizontalité dans la recherche d’un consensus, de solutions qui conviennent aux plus nombreux, seront d’autant plus équitables et acceptables, loin du ressenti d’une ’’écologie punitive’’, qu’elles seront décrétées par un collectif et pour la collectivité. On ne fera pas d’écologie contre le peuple.

        Aussi nous voulons être incitateurs, servir de courroie de transmission pour changer de méthode. Nous désirons encourager les citoyens pour que l’envie germe chez eux d’agir conjointement, dans un élan ambitieux de réflexion et d’action communes, pour un avenir vivable. Mais ces collectifs devront être mis en place, en évitant le dirigisme, sous l’égide des élus et décideurs locaux, pour le bien commun et le futur de nos enfants.

Rapport moral lu le 10 février 2024